Un africain à Paris de Edimo et Mbumbo

Hello les afro frenchies !

Je viens de faire une très belle découverte et dès les premières pages je n’ai eu qu’une envie : partager cette aventure livresque avec vous.

Aujourd’hui je viens donc vous parler d’Un africain à Paris, roman graphique des éditions les Enfants Rouges de Christophe Edimo et Simon Mbumbo.

Et comme sur ce blog on ne fait pas les choses à moitié, vous avez droit à une interview de l’auteur, rien que ça …bonne lecture !

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Le ptipitch : Malamine est un jeune homme brillant. Rejeté dans son pays parce qu’il n’est pas de la bonne tribu, il débarque en France et tente de publier un ouvrage dans sa spécialité, l’économie.

Son quotidien n’est pas rose et parfois les couleurs se mélangent un peu dans le gris de Paris…au risque de s’y perdre.

Cet ouvrage n’est pas fait pour vous si : vous avez besoin de vous attacher à un personnage principal dès les premières pages, de vous identifier pour avoir envie de suivre ses aventures.

Cet ouvrage est fait pour vous si : vous aimez plonger dans une réalité qui vous fait avancer dans votre réflexion personnelle loin des stéréotypes et des clichés.  Si vous aimez (ou aimeriez) découvrir dans un dessin ce que les mots seuls ont du mal à transmettre.

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Mon avis : La petite curieuse que je suis a été ravie de découvrir un nouveau genre (le roman graphique), une nouvelle maison d’édition avec une vraie ligne éditoriale, courageuse et originale (Les Enfants Rouges) et un auteur très accessible (lire ci-dessous). Je vous recommande cette lecture en vous avertissant que vous prenez le risque de ne pas accrocher d’emblé avec ce personnage particulier qu’est Malamine.

Enfin, ce qu’on « risque » surtout avec cette lecture c’est d’ouvrir des fenêtres vers la réflexion…

Je remercie sincèrement et chaleureusement Nathalie Meulemans et Christophe Edimo de m’avoir consacré un peu de leur temps. Je suis une curieuse-chanceuse.

Merci pour nos convictions partagées.

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10 questions à Christophe Edimo, auteur de Malamine, un africain à Paris

  1. Selon vous à quel profil de lecteur s’adresse Malamine, un africain à
    Paris ?

Je n’en sais rien. Ce que je constate, c’est que des jeunes d’origine africaine qui ne connaissent pas l’Afrique ont été interpellés. Des français « de souche » comme on dit, ont pu voir à travers Malamine les africains dans leur quotidien, et cela les a interpellé aussi. Des africains ont aimé « Malamine… » D’autres africains n’ont pas aimé, trouvant Malamine trop dépressif. Des européens ont trouvé le personnage principal trop violent.

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  1. D’un premier abord, Malamine n’est pas forcement un personnage très sympathique, est ce que vous avez voulu créer une sorte d’anti héro ?

Non. J’ai voulu à travers Malamine donner la parole à beaucoup d’africains doublement frustrés de ne se voir reconnu ni en France ni en Afrique. Ils sont nombreux à traîner leur mal-être comme ça en France. Etre écrasé par les logiques de deux pays qu’on aime est épuisant.

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  1. Est ce qu’on peut dire que le dessin aide à faire passer certains messages qui sont délicats à aborder seulement avec des mots ?

Le dessin apporte une autre force, celle d’aider le lecteur à s’identifier au personnage.

  1. logo mailJ’ai eu la chance de lire ces derniers temps des auteurs modernes d’origine africaine de grand talent, célèbres ou moins connus (Alain Mabanckou, Guy Alexandre Sounda, Léonora Miano) et il me semble que votre message commun est un appel à la réflexion afin de sortir des schémas réducteurs (les « blancs » sont méchants, les « noirs » sont des victimes ou les « blancs » sont plus cultivés) afin d’exhorter l’ensemble des citoyens du monde à regarder devant. Est ce que vous vous retrouvez dans mes propos ?

Oui. Pour moi, l’Afrique c’est une façon d’être, une façon de vivre, qu’un européen peut adopter. Pas besoin d’être africain pour aimer ou comprendre l’Afrique, et inversement pas besoin d’être européen pour aimer l’Europe.

logo mail5 On entend souvent les « anciennes générations » se plaindre des jeunes qui ne lisent pas et sont abrutis de jeux vidéos et de télévision (je ne suis pas forcement d’accord avec cette vision des choses). Est ce que la bande dessinée et le roman graphique peuvent être considérés comme un pont entre cette ancienne génération de mots et celle de l’image ?

Je ne sais pas. On essaie par le roman graphique de présenter l’intimité des personnages. Mais on ne se met pas en concurrence avec la télévision, le jeu vidéo ou le roman. Si j’avais la possibilité de maîtriser ces autres médias, je ferai des choix en fonction de leur efficacité par rapport au traitement d’une histoire. Mais pour répondre à la question, je dirai que l’image a son langage, que les jeunes générations maîtrisent mieux que les anciennes simplement pour être nées dedans. Le roman graphique est peut être un pont intergénérationnel, je n’avais pas pensé à ça.

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  1. J’aime bien cette expression que je pense avoir inventé mais peut être que je l’ai simplement entendu ou lu quelque part : « Culture is the new black ». Elle vous plaît aussi ?

Je ne sais pas. Je préfère dire que les artistes n’ont pas de nationalité. D’ailleurs n’importe qui peut s’approprier Michaël JACKSON ou PICASSO. Je me rappelle d’ailleurs d’une femme sans papier d’origine ivoirienne, qui ne connaissait rien à la musique classique et qui était une fan absolue de Luciano PAVAROTTI.

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  1. Je découvre la bande dessinée et le roman graphique, est ce que vous avez des titres à me conseiller pour que je devienne définitivement « accro » ?

Les américains sont de mon point de vue extrêmement forts dans la maîtrise de cette affaire. Je vous conseillerai « Berlin la cité des pierres » de Jason LUTES, ou alors « De mal en pis » d’Alex ROBINSON, ou alors « Habibi » de Craig THOMPSON. Ou alors la sud-africaine Karlien de VILLIERS avec « Ma mère était une très belle femme. » Mais il y a plein d’auteurs très talentueux dans ce domaine, d’un talent à couper le souffle.

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  1. Est ce que vous pouvez nous parler de la maison d’édition Les Enfants Rouges ?

Nathalie MEULEMANS, la directrice, n’hésite pas à miser sur ce qui lui plaît, bravant ainsi les avis des commerciaux de son distributeur. Ses choix sont commercialement risqués. Mais je pense que le courage finit par payer, alors je lui dirai de persévérer dans cette voie. Les Enfants Rouges viennent d’éditer un auteur très prometteur, Vincent THURAN (« Le chemin des égarés », Les Enfants Rouges 2017).

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  1. Est ce que vous souhaitez passer un message à nos abonnés du blog The Afro Frenchies ?

Eh bien les abonnés ont raison de s’intéresser à tout ce qui parle de culture. Transmettre sa culture et être ouvert à celle des autres, c’est enrichir son humanité peut-être.

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  1. Avez-vous une actualité à nous transmettre ? Peut-on vous suivre sur les réseaux sociaux ? Et surtout où peut on se procurer les aventures de Malamine ?

Je suis quelque peu allergique aux réseaux sociaux, mais j’essaie de guérir. Pour l’instant en tout cas je n’ai ni blog ni site ni Facebook. Mon actualité? Je travaille beaucoup à l’émergence de Toom Comics, maison d’édition créée par… Simon-Pierre MBUMBO, le dessinateur de Malamine. Nous serons au festival d’Angoulême en janvier 2018. Malamine a été réédité, mais je crois que le stock est épuisé.

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Encore merci et vive l’art et la culture partagée !

Merci. Bravo pour ce que vous faites, Christel

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Surtout n’hésitez pas à me laisser un petit commentaire sur cet article, je serais ravie d’y répondre.

A très vite pour de nouvelles aventures littéraires !

Lananaquibouquine

Confessions d’une sardine sans tête

Afro frenchies book time !!!!

Aujourd’hui je vous propose un voyage littéraire afro frenchie à souhait puisqu’il vous fera passer du Congo à Paris, c’est parti !

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À la rencontre d’un auteur….

Originaire de Brazzaville, Guy Alexandre Sounda habite dans notre capitale et aime trainer son âme de poète dans le Sud (Italie, Côte d’Azur).

Organisateur de festival, professeur, animateur radio, metteur en scène …c’est un vrai touche à tout de l’art et de la culture.

Avant de le voir « pour de vrai », j’ai rencontré cet auteur à travers ses mots.

J’ai alors eu un vrai coup de cœur pour sa plume extraordinaire qui m’a fait découvrir le « papotage congolais », une profusion d’expressions toutes plus délicieuses les unes que les autres. Ma préférée ? : le quignon de sa maman (difficile de trouver un équivalent…à peine sorti de l’œuf peut-être)

Grâce à ma chronique littéraire sur la web radio Africaraibe (le lien est en fin d’article), j’ai eu la chance et le grand plaisir de l’interviewer. Simple et très accessible, cet échange fût éclairé par notre passion commune des mots. Un grand souvenir.

Un premier roman qui ne passe pas inaperçu…

Confession d’une sardine sans tête est une histoire atypique où le lecteur est invité à suivre les péripéties du personnage central : Fabius Mortimer Bartoza.

Un homme qui a tout pour être détesté : une sorte de vagabond alcoolique à moitié fou qui n’est autre chose qu’un meurtrier. Mais au fil des pages et des flash backs, on découvre un être pris dans l’histoire de son pays (le Congo) et spectateur, puis acteur presque malgré lui, d’une guerre qui détourne les hommes de leur humanité. On se surprend alors à rire de ses gaffes, sourire de sa malchance légendaire et finalement apprécier ce drôle de vagabond et son étrange lucidité.

Pour en avoir parlé avec lui, l’auteur, en toile de fond, propose une réflexion sur ses « autres » victimes d’une guerre fratricide, ceux qui resteront prisonniers à vie de leurs démons.

Certains passages m’ont particulièrement émue dont celui où le père du héros meurt par un acte de résistance qui peut sembler dérisoire…refuser d’effacer une moustache sur un tableau…(pour les petits curieux, vous retrouvez ce détail sur la couverture).

Mais que veut bien vouloir dire cette moustache étrangement posée sur le front ? Et surtout, qu’est ce qu’une sardine sans tête ?

Vous ne croyez tout de même pas que je vais vous le dire !? Je vous laisse plonger au cœur du livre et le découvrir au fil des pages…

Vous l’aurez compris, je vous conseille fortement cette lecture car j’ai beaucoup apprécié ce roman. Et je ne suis pas la seule….en effet, il a reçu la mention spéciale du grand prix d’Afrique noire 2016. D’ailleurs mon petit doigt m’a dit qu’il recevra bientôt un autre prix. Mais cela reste entre nous, pas vrai ?

Voilà, je vous laisse en vous souhaitant de belles lectures ici ou ailleurs. J’ai vraiment hâte de savoir si mon petit article vous aura donné envie de lire Confession d’une sardine sans tête et j’espère que nous pourrons entamer un papotage afro frenchie !

À bientôt mes petits croqueurs de mots !

Le livre et le carnet alias Lananaquibouquine

Référence : Confession d’une sardine sans tête Guy Alexandre Sounda

Editions sur le fil / Prix public : 17,90 Euros

Roman : 234 pages

Extrait :

Chut, écoute bien cette rumba, chère petite. Ecoute là comme je l’écoute, les yeux clos et la main sur le cœur, tu verras ce que je vois au-delà des fleuves et des montagnes, au-delà des villages en larmes et des terres humides, au-delà des convois qui se perdent dans des tunnels de lave et des bourgades entières qui crament sous les feux gras.

Vous pouvez écouter l’interview de Guy Alexandre Sunda dans les podcasts d’Africaraibe, Rubrique La page, chronique littéraire de Christel Gibilaro :

guy & chris